Quand un candidat relit son CV, il connaît déjà toute l’histoire. Il sait ce que signifie chaque intitulé, pourquoi il a changé de poste et ce qu’il faisait réellement derrière une ligne de deux mots.

Le recruteur, lui, ne sait rien de tout cela.

Il essaie d’abord de répondre à quatre questions : quel métier exerce cette personne, à quel niveau, dans quel environnement et qu’est-ce qui prouve qu’elle peut tenir le poste ?

Un CV est un document de décision

Ce point change la manière de l’écrire. La bonne question n’est plus « est-ce que j’ai tout mis ? », mais « est-ce que le lecteur peut comprendre ce dont il a besoin ? »

Je lis généralement un CV en trois niveaux : compatibilité, périmètre, preuves.

Niveau 1 — La compatibilité : quel métier faites-vous réellement ?

Un titre trop vague oblige le recruteur à interpréter. Or deux entreprises peuvent utiliser le même intitulé pour des responsabilités très différentes.

Avant

Chef de projet

Après

Chef de projet applicatif — déploiement ERP multi-sites

Avant

Chargée RH

Après

Chargée RH — recrutement, administration du personnel et relations écoles

Le second intitulé n’est pas « plus vendeur ». Il est simplement plus informatif.

Niveau 2 — Le périmètre : à quelle échelle avez-vous travaillé ?

Une liste de missions décrit le poste. Le périmètre aide à comprendre le niveau réel d’exposition et de responsabilité.

Comparez :

Trop générique

Management d’une équipe de recrutement.

Périmètre visible

Management de 8 recruteurs répartis sur 5 agences ; suivi des objectifs et arbitrage des priorités de recrutement.

Le chiffre est utile ici parce qu’il donne une échelle. Ce n’est pas une décoration.

Niveau 3 — La preuve : qu’est-ce qui rend l’expérience crédible ?

Un CV contient souvent beaucoup de verbes : gérer, piloter, accompagner, coordonner. Ces verbes ne disent pas toujours ce qui a réellement été fait.

Une ligne devient plus forte lorsqu’elle précise au moins un élément de contexte, de volume, de complexité ou de résultat.

MétierFormulation faibleFormulation qui apporte une preuve
RecrutementGestion du recrutement.Recrutement de profils IT de la qualification du besoin à l’intégration : sourcing, entretiens et suivi managers.
PaieGestion de la paie.Gestion mensuelle de 280 paies sur trois conventions collectives, contrôle des variables et suivi des anomalies.
ProjetPilotage de projets.Pilotage du déploiement d’un outil RH sur 6 établissements, coordination des utilisateurs et suivi du planning.

Aucune de ces lignes n’a besoin d’un superlatif. Les éléments factuels suffisent.

Mon réflexe terrain Je cherche ce que le lecteur pourrait mal comprendre s’il parcourait la page sans connaître votre histoire.

Le travail consiste moins à “embellir” le CV qu’à retirer les zones d’interprétation inutiles.

Les chiffres : seulement lorsqu’ils racontent quelque chose

Le conseil « mettez des chiffres partout » produit parfois des formulations artificielles.

Un chiffre est utile lorsqu’il renseigne sur :

  • un volume : nombre de recrutements, de paies, de dossiers, de clients ;
  • une échelle : taille d’équipe, nombre de sites, budget, périmètre géographique ;
  • un résultat mesurable : délai réduit, objectif atteint, taux amélioré ;
  • une complexité : plusieurs conventions, établissements, systèmes ou populations.

« 100 % motivé » n’apporte aucune preuve. « 280 paies sur trois conventions collectives » en apporte une, même si ce n’est pas un résultat spectaculaire.

Ce que je supprimerais avant d’ajouter une nouvelle rubrique

Avant d’ajouter un graphique de compétences, une jauge ou une nouvelle section, je regarde ce qui peut disparaître.

  • les adjectifs génériques : dynamique, motivé, sérieux, autonome ;
  • les missions répétées mot pour mot sur trois expériences ;
  • les détails anciens qui n’aident plus à comprendre la cible actuelle ;
  • les logiciels ou formations sans lien avec le poste visé ;
  • les paragraphes de présentation qui reformulent simplement le reste du CV.

Le but n’est pas de faire court pour faire court. Le but est de donner davantage de place aux informations qui aident à décider.

Le test des 4 questions

Donnez votre CV à une personne qui ne connaît pas votre parcours. Laissez-lui quelques secondes, puis retirez-le. Demandez-lui :

  1. Quel métier cette personne exerce-t-elle ?
  2. Quel est approximativement son niveau d’expérience ?
  3. Quelle est son expérience la plus significative ?
  4. Quel type de poste pourrait-elle occuper demain ?

Si la personne ne peut pas répondre, le problème n’est probablement pas son temps de lecture. C’est la hiérarchie de l’information.

Une formule simple pour retravailler une ligne d’expérience

Lorsque vous bloquez sur une mission, partez de cette structure :

Action + périmètre + contexte + résultat lorsqu’il existe.

Version 1

Organisation d’événements de recrutement.

Version retravaillée

Organisation et animation de forums écoles et afterworks de recrutement pour développer le vivier de candidats IT de l’agence.

Cette méthode ne sert pas à rendre toutes les lignes plus longues. Elle sert à choisir celles qui méritent d’être précises.

Le meilleur CV n’est pas celui qui dit tout

C’est celui qui donne au recruteur une lecture suffisamment claire pour avoir envie de poser les questions suivantes en entretien.

Autrement dit : votre CV n’a pas à remplacer la conversation. Il doit la rendre possible.

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Eddy Dos Santos Barbosa
Eddy Dos Santos Barbosa — Fondateur d’Oaken Partners

Consultant RH, recruteur et formateur. Parcours en ESN puis au sein d’un réseau de CFA, avec des responsabilités nationales en recrutement et management d’équipe.

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